Camille, 23 ans, vient de faire son entrée à l’ENSP de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or. Retour sur le parcours aussi réfléchi que fulgurant de cette jeune femme qui a choisi d’embrasser la carrière de son papa décédé, il y a cinq ans, dans l’attentat de la préfecture de police de Paris.
Lorsque l’on rencontre Camille, la première chose qui nous frappe, en dehors de son sourire dont elle ne se départit que rarement, ce sont son enthousiasme et sa détermination. Alors qu’elle a intégré l’école des commissaires de police depuis quelques mois, elle se dit particulièrement heureuse d’avoir atteint l’objectif qu’elle s’était fixé et se félicite de la cohésion qui règne dans ce groupe de quatre-vingts élèves. D’autant que ces deux années d’études vont être intenses : « La première année se déroule à l’école avec un "stage gardien" d’un mois, en mars, pour s’immerger dans les services et en découvrir les activités. La deuxième année est, elle, dédiée aux stages. C’est une formation très complète et dense. », explique la jeune femme dont l’emploi du temps est bien rempli. Les journées commencent vers 8 heures et ne se terminent pas avant 18 heures. Une à deux fois par semaine des intervenants extérieurs peuvent jouer les prolongations jusqu’à 22 heures. Camille rentre régulièrement chez elle le week-end. Et pour ce qui est des vacances, elle a profité pleinement de celles de Noël car elle sera probablement réquisitionnée pour les Jeux Olympiques l’été prochain.
Sur les traces de son père disparu
Pour en arriver là, Camille a franchi toutes les étapes de ses études avec brio et conviction. Elle effectue ses années lycée à Orsay. Son papa est policier et particulièrement mobilisé contre le terrorisme : « Je le voyais passionné. Il travaillait énormément car il y avait l’état d’urgence. Un jour, alors qu’il rentrait d’une perquisition au petit matin, épuisé, je lui ai demandé comment il faisait pour tenir et il m’a répondu : " Je peux bien perdre quelques heures de sommeil là où certains ont perdu la vie." « Ces mots résonnent encore aujourd’hui...J’ai admiré son engagement, son dévouement et cela a été le déclencheur. Je me suis promis de faire des stages dans la police, dès que je le pourrais. J’ai commencé à 17 ans, en terminale, à la préfecture de police de Paris. »
Un parcours scolaire sans faute
Son bac ES en poche, avec 19,45 de moyenne, et déjà le métier de policier en tête, Camille se dirige vers une licence de droit qu’elle décroche avec mention bien. Au cours de ces trois années, elle multiplie les stages en commissariats et services de police parisiens. Elle y rencontre de nombreux policiers parmi lesquels « des commissaires qui parlaient de leur métier avec des étoiles dans les yeux et j’ai retrouvé cette passion qui animait mon père », raconte Camille avant de poursuivre : « Puis, il y a eu l’attentat du 3 octobre 2019… Cela a encore renforcé ma conviction, mon envie de suivre les traces de mon père. Je suis également devenue pupille de la Nation avec une portée symbolique très forte pour moi : j’avais vraiment envie de m’engager auprès de l’État, pour l’intérêt général. »
Une ascension récompensée
Camille choisit alors de partir à Lyon en master de Sécurité intérieure. Elle sort major de sa promotion puis revient à Paris, plus motivée que jamais, pour suivre la préparation Sciences Po et passer le concours de commissaire. En 2022, Camille est sélectionnée par la Banque Postale qui récompense, chaque année, le parcours de cinq de nos protégés. Elle est la première à obtenir le prix dans deux catégories : excellence universitaire et prix spécial police ! Elle rencontre, à cette occasion, plusieurs de nos administrateurs et est mise en contact avec le président de l’Amicale des cadres de la police nationale et de la sécurité intérieure, Ludovic Armoët, lequel lui ouvre quelques portes bienvenues pour la préparation de ses oraux. Notre président l’oriente également vers un de nos correspondants, Fabrice Navarro, lui-même commissaire : « Il m’a donné beaucoup de bons conseils. Il était très positif et m’a mise dans un bon état d’esprit pour aborder les épreuves. », confie Camille.
La bonne nouvelle est arrivée début juin 2023 : elle est reçue au concours ! Une réussite qu’elle est venue partager, peu de temps après, dans nos locaux : « Au décès de mon papa, nous avons été très soutenues. Nancy, l’animatrice de région, a été très présente et on a créé de vrais liens. J’ai conscience qu’une partie de ma réussite est due à toutes ces personnes. L’aide d’Orphéopolis est inestimable », conclut Camille.